Le périple exaltant en Iran d'une famille roumano-franco-allemande trouve un dénouement ironique dans les rues de Londres... Un beau message d'ouverture et d'échange entre peuples. A lire et à réfléchir.
---> ICI, l'article de Rue 89.
Bonne lecture !
Ici, des extraits de romans ou nouvelles achevés, des chantiers d'écriture en cours... et divers vagabondages verbaux. Bienvenue et bonne lecture !
dimanche 9 août 2015
"Iran is great"
Libellés :
iran,
journaliste,
voyage
Pays/territoire :
Londres, Royaume-Uni
samedi 15 novembre 2014
Asie
Prologue
Benoît se réveilla. Il avait tremblé toute la nuit, pris dans un sommeil malade, le corps serré dans une étreinte fiévreuse et glaçante. Des cauchemars l’avaient perturbé. Il ne savait plus donner de sens à la réalité ou du moins à ce qu’il croyait réel. Mais désormais c’était terminé.
Il se leva et avança avec peine jusqu’au sofa où des magazines étaient étalés. Il en prit un et le feuilletta, agenouillé sur le tapis, les coudes enfoncés dans le cuir épais. Des voitures. Des tableaux de performance remplis de chiffres puissants, des photos à l’adrénaline. Benoît se rappela alors qu’il était chez quelqu’un d’autre et il rajusta son pyjama débraillé. La sueur refroidie rendait son corps collant. Il se sentait lourd et cotonneux, reposé mais lourd comme une enclume et il avait l’impression de respirer à travers des éponges.
On frappa à la porte. Un son clair sur le panneau de bois mince et léger.
- Sabaydi ! fit un jeune homme en entrant rapidement. Did you sleep well ?
Il était asiatique. Il portait un pantalon à pinces et une chemise blanche.
Benoît adopta un air ennuyé devant l’intrus mais il était surtout trop peu lucide pour répondre. L’homme n’attendit pas sa réponse et traversa la pièce pour aller allumer un ordinateur de bureau. Il avait ouvert des rideaux en grand et entrouvert une porte-fenêtre. Aveuglé, Benoît se sentit encore plus désorienté. Assis devant l’écran, l’Asiatique se balançait désormais sur son siège en l’observant, pendant que la machine soufflait et crachotait.
- It seems like you didn’t, lança-t-il finalement avec un petit rire. The others are having their breakfast. You can go join them.
Puis il se concentra sur l’écran. Benoît enfila son pull par-dessus le pyjama de provenance inconnue, mit ses chaussures et sortit.
Le début
Un homme assez jeune entra dans le café. Mince ou plutôt maigre avec les traits tirés. Il avait une peau mate que la chaleur humide rendait luisante, comme tous les habitants de la ville à vrai dire.
C’était le milieu du jour mais le ciel était gris et bas. C’était la saison des pluies. Un temps à attendre quelque chose. Tous les clients du bar semblaient attendre. Ca s’entendait à leur silence presque parfait, brisé de temps à autre par un murmure. Ca se voyait à leurs gestes répétitifs. Remuer le contenu de sa tasse ou de son verre. Quelques remous dans le liquide noir, ambre ou incolore, puis le calme plat. Boire une minuscule gorgée. Puis reposer. Jeter un coup d’œil fatigué vers une autre table.
Vers une paire de jambes nues — la même paire que lorgnaient tous les hommes de la pièce. Vers le patron en pleine discussion avec le nouveau venu — le seul à ne pas s’être assis. Ou même, vers le vieux tailleur appuyé sur sa canne — mais il fallait alors être discret.
Puis se détourner. Etirer ses jambes sous la table. Plus tard, peut-être, quand un souffle d’air venu de la rue ranimerait un peu l’assistance, sortir une cigarette et l’allumer.
« Krung Thêp – Golden Temple » : aussi loin que j’allâs, les cigarettes locales me faisaient voyager encore plus loin. Elles prolongeaient le séjour et me dépaysaient encore plus. Foutaise, eût répondu un médecin. Il était incroyable de voir les chemins raffinés qu’empruntait la drogue dans nos cerveaux pour se rendre aimable. Une drogue a un pouvoir de conviction tout-terrain.
Mais qu’est-ce que c’était bon. J’aspirai voluptueusement et jetai l’allumette dans le cendrier parsemé de mégots, de chewing-gums roses et de glaires. Encore un peu de plaisir de gagné.
Dans la salle il y avait des travailleurs fatigués, des vieillards et des Blancs. Ceux-ci étaient quatre : une mère et sa fille, le jeune un peu maigre — qui marchait à présent vers ma table — et moi. La plupart des clients étaient là depuis plusieurs heures. Buvant, suant, se reposant. Ils attendaient un changement de climat.
- Vous êtes là depuis longtemps ? me demanda-t-il après s’être assis.
- Comment ça, « là » ? Dans la ville ? Dans le pays ?
- Ici, à Udon.
Il avait dit ça sur un ton sûr de lui. « Udon » au lieu de « Udon Thani », pour ne pas passer pour un backpacker studieux. Ses yeux cernés avaient quelque chose d’un peu hagard. Sans doute n’avait-il pas encore pris le rythme local. Sous ce climat, un Occidental pressé s’épuisait rapidement.
- Deux mois. Je travaille pour une boîte de télécoms. Et vous, vous êtes ici pourquoi ?
- Un article. Un reportage. Un sujet un peu rapide, pour un magazine français.
- Oui, j’avais compris que vous étiez français, dis-je en riant. Et donc vous êtes journaliste. Hmm, d’accord.
Ca ne faisait pas des lustres que j’étais en Thaïlande mais j’avais l’impression de les connaître par cœur, les conversations entre voyageurs. Dans chaque ville, ils se retrouvaient entre eux et sortaient ensemble. Les touristes les plus anxieux se tombaient dans les bras. Les touristes « baroudeurs » se détestaient mais adoraient s’en mettre plein la vue. Les hommes d’affaires en court séjour étaient ultrarapides, invisibles et donc muets. Il y avait enfin les professionnels qui venaient pour une mission d’une certaine durée — entrepreneurs, ingénieurs, médecins, journalistes, humanitaires. Ils formaient une sorte d’élite au sein des baroudeurs. Plus méprisants envers leurs semblables, plus frimeurs, et sur un autre plan, l'estomac dévasté par les amibes.
Je n’avais pas envie d’une enième discussion pleine de regards entendus, de blagues cyniques et de réflexions désabusées. J’étais devenu hermétique à tant d’hermétisme.
Mais j’appréciai vite Frédéric. Il ne chercha pas d’entrée à être amical. Je crus que ça lui était égal. Il n’évoqua ni son travail, ni le pays où nous étions. Nous allâmes dîner dans le quartier des Livres et dès que nous fûmes attablés, il me parla de Lise.
Benoît se réveilla. Il avait tremblé toute la nuit, pris dans un sommeil malade, le corps serré dans une étreinte fiévreuse et glaçante. Des cauchemars l’avaient perturbé. Il ne savait plus donner de sens à la réalité ou du moins à ce qu’il croyait réel. Mais désormais c’était terminé.
Il se leva et avança avec peine jusqu’au sofa où des magazines étaient étalés. Il en prit un et le feuilletta, agenouillé sur le tapis, les coudes enfoncés dans le cuir épais. Des voitures. Des tableaux de performance remplis de chiffres puissants, des photos à l’adrénaline. Benoît se rappela alors qu’il était chez quelqu’un d’autre et il rajusta son pyjama débraillé. La sueur refroidie rendait son corps collant. Il se sentait lourd et cotonneux, reposé mais lourd comme une enclume et il avait l’impression de respirer à travers des éponges.
On frappa à la porte. Un son clair sur le panneau de bois mince et léger.
- Sabaydi ! fit un jeune homme en entrant rapidement. Did you sleep well ?
Il était asiatique. Il portait un pantalon à pinces et une chemise blanche.
Benoît adopta un air ennuyé devant l’intrus mais il était surtout trop peu lucide pour répondre. L’homme n’attendit pas sa réponse et traversa la pièce pour aller allumer un ordinateur de bureau. Il avait ouvert des rideaux en grand et entrouvert une porte-fenêtre. Aveuglé, Benoît se sentit encore plus désorienté. Assis devant l’écran, l’Asiatique se balançait désormais sur son siège en l’observant, pendant que la machine soufflait et crachotait.
- It seems like you didn’t, lança-t-il finalement avec un petit rire. The others are having their breakfast. You can go join them.
Puis il se concentra sur l’écran. Benoît enfila son pull par-dessus le pyjama de provenance inconnue, mit ses chaussures et sortit.
Le début
Un homme assez jeune entra dans le café. Mince ou plutôt maigre avec les traits tirés. Il avait une peau mate que la chaleur humide rendait luisante, comme tous les habitants de la ville à vrai dire.
C’était le milieu du jour mais le ciel était gris et bas. C’était la saison des pluies. Un temps à attendre quelque chose. Tous les clients du bar semblaient attendre. Ca s’entendait à leur silence presque parfait, brisé de temps à autre par un murmure. Ca se voyait à leurs gestes répétitifs. Remuer le contenu de sa tasse ou de son verre. Quelques remous dans le liquide noir, ambre ou incolore, puis le calme plat. Boire une minuscule gorgée. Puis reposer. Jeter un coup d’œil fatigué vers une autre table.
Vers une paire de jambes nues — la même paire que lorgnaient tous les hommes de la pièce. Vers le patron en pleine discussion avec le nouveau venu — le seul à ne pas s’être assis. Ou même, vers le vieux tailleur appuyé sur sa canne — mais il fallait alors être discret.
Puis se détourner. Etirer ses jambes sous la table. Plus tard, peut-être, quand un souffle d’air venu de la rue ranimerait un peu l’assistance, sortir une cigarette et l’allumer.
« Krung Thêp – Golden Temple » : aussi loin que j’allâs, les cigarettes locales me faisaient voyager encore plus loin. Elles prolongeaient le séjour et me dépaysaient encore plus. Foutaise, eût répondu un médecin. Il était incroyable de voir les chemins raffinés qu’empruntait la drogue dans nos cerveaux pour se rendre aimable. Une drogue a un pouvoir de conviction tout-terrain.
Mais qu’est-ce que c’était bon. J’aspirai voluptueusement et jetai l’allumette dans le cendrier parsemé de mégots, de chewing-gums roses et de glaires. Encore un peu de plaisir de gagné.
Dans la salle il y avait des travailleurs fatigués, des vieillards et des Blancs. Ceux-ci étaient quatre : une mère et sa fille, le jeune un peu maigre — qui marchait à présent vers ma table — et moi. La plupart des clients étaient là depuis plusieurs heures. Buvant, suant, se reposant. Ils attendaient un changement de climat.
- Vous êtes là depuis longtemps ? me demanda-t-il après s’être assis.
- Comment ça, « là » ? Dans la ville ? Dans le pays ?
- Ici, à Udon.
Il avait dit ça sur un ton sûr de lui. « Udon » au lieu de « Udon Thani », pour ne pas passer pour un backpacker studieux. Ses yeux cernés avaient quelque chose d’un peu hagard. Sans doute n’avait-il pas encore pris le rythme local. Sous ce climat, un Occidental pressé s’épuisait rapidement.
- Deux mois. Je travaille pour une boîte de télécoms. Et vous, vous êtes ici pourquoi ?
- Un article. Un reportage. Un sujet un peu rapide, pour un magazine français.
- Oui, j’avais compris que vous étiez français, dis-je en riant. Et donc vous êtes journaliste. Hmm, d’accord.
Ca ne faisait pas des lustres que j’étais en Thaïlande mais j’avais l’impression de les connaître par cœur, les conversations entre voyageurs. Dans chaque ville, ils se retrouvaient entre eux et sortaient ensemble. Les touristes les plus anxieux se tombaient dans les bras. Les touristes « baroudeurs » se détestaient mais adoraient s’en mettre plein la vue. Les hommes d’affaires en court séjour étaient ultrarapides, invisibles et donc muets. Il y avait enfin les professionnels qui venaient pour une mission d’une certaine durée — entrepreneurs, ingénieurs, médecins, journalistes, humanitaires. Ils formaient une sorte d’élite au sein des baroudeurs. Plus méprisants envers leurs semblables, plus frimeurs, et sur un autre plan, l'estomac dévasté par les amibes.
Je n’avais pas envie d’une enième discussion pleine de regards entendus, de blagues cyniques et de réflexions désabusées. J’étais devenu hermétique à tant d’hermétisme.
Mais j’appréciai vite Frédéric. Il ne chercha pas d’entrée à être amical. Je crus que ça lui était égal. Il n’évoqua ni son travail, ni le pays où nous étions. Nous allâmes dîner dans le quartier des Livres et dès que nous fûmes attablés, il me parla de Lise.
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Pays/territoire :
Udon Thani, Mueang Udon Thani District, Province d'Udon Thani, Thaïlande
jeudi 30 octobre 2014
La barrière
Ci-dessous, un texte que j'ai écrit en 2002 et que je viens de redécouvrir. A suivre...
Une barrière. Sur une route mauvaise, dans une vaste étendue baignée par le soleil. Cà et là, des cactus. Une barrière en bois, peinte en blanc avec des rayures rouges. Le prototype de la barrière, un symbole international. A côté, une cabane en bois. Devant la porte de la cabane, un homme patibulaire, mal rasé. Le garde-frontière. Probablement latino-américain, mexicain peut-être. Pas fondamentalement méchant, mais mal payé, donc effectuant son travail extraordinairement ennuyeux avec une perpétuelle aigreur.
En période de travail normale, le dénommé Sanchez voyait passer en moyenne un homme par semaine. Il pouvait alors installer dans l’entrée de sa cabane un fauteuil confortable. S'y installer avec précaution, pour ne laisser dépasser à l’extérieur que ses pieds nus. Et passer les heures les plus chaudes de la journée à écouter la radio. Les programmes de musique classique de Radio Libertad 3, qui émettait de huit heures à dix-huit heures, soit précisément les heures les plus chaudes. Il positionnait son siège de façon à garder les pieds à l’ombre du petit auvent, tout en recevant la voluptueuse caresse du vent chaud. Lorsque le soleil tournait, il devait se lever pour reculer son fauteuil. Il en profitait, car c’était alors l’heure du déjeuner, pour réchauffer un bol de potage épicé. Il l'accompagnait de pain blanc et d’une bière glacée.
Pour que le temps passe plus vite, il relisait souvent de vieilles BD des années 70. Son prédécesseur les avait laissées là. Il était mort de vieillesse à son poste. La guerre entre les deux petits pays remontait alors déjà à une dizaine d'années. Lors de l'armistice, les gouvernements avaient oublié, en redessinant les cartes, quelques kilomètres carrés de désert. La zone où Sanchez officiait actuellement. Cette petite poussière de territoire était donc entrée dans un oubli complet. Notre garde-frontière était le seul à l’ignorer, à l'exception du fonctionnaire ennuyé qui lui avait indiqué son affectation. Il l’ignorait toujours car il n’écoutait pas les informations.
Depuis quelques temps, l'existence organisée de Sanchez était bouleversée. Le dernier individu à avoir voulu passer n’était pas en possession d'un visa. Le gardien de l’intégrité territoriale, d’habitude peu regardant, avait été intrigué par cet individu, arrivé au volant d’une camionnette dont les baffles, poussées à fond, faisaient tressauter la faune et la flore du désert sur des rythmes de goa et de house frénétique. Le nouveau venu, le visage impassible, n’avait pourtant pas l’allure d’un touriste en quête de substances.
Mais ses papiers n’étaient pas en règle. Donc il ne passerait pas. Devant la dureté de la règle, l’étrange voyageur s’était fait une raison. Après une période de flottement, il avait ouvert l'arrière de son véhicule. Il en avait sorti une petite table, un tabouret pliant et un parasol. Puis il avait installé un ordinateur portable sur ce bureau de fortune. Depuis, il n’en bougeait presque plus. Ses mains couraient sur le clavier à longueur de journée. Sanchez était quelque peu soucieux de son apparence, de l'image qu'il donnait de son pays, face à cet étranger. Il avait même pensé se mettre en faction, debout, le visage martial. Mais le pire était ailleurs : il n'avait pas de consignes. Aucun ordre écrit indiquant comment traiter ce genre de cas.
Cela faisait désormais deux jours entiers que cela durait et le garde-frontière n’en pouvait plus.
De grosses gouttes de sueur coulaient sur un front rougi. Elles s’abattaient sur la table et le clavier de l’ordinateur. En dehors du cercle d’ombre formé par le parasol, le sol était d’une blancheur aveuglante. L'homme gardait les yeux fixés sur l’écran. Les icônes étaient en train de s’afficher, un à un. Le feulement intermittent de la machine était le seul son, hormis le vent.
Mais le vent n’était pas un son remarquable, ici. Le désert était le vent. Il s’apparentait au tic tac d’une pendule, que le voyageur finissait par ne plus entendre. Sauf lorsqu'il s'y égarait, seul et sans ressource. Le désert déployait alors l'immense toile de ses pièges.
Mais tous ces dangers, l'homme à l'ordinateur était loin de s'en soucier.
De longs instants s’écoulèrent.
Le poste de garde de Sanchez constituait un point de repère stable. Une enclave de civilisation et de bureaucratie soupçonneuse, dans un milieu inhumain. Le visiteur n’était pas autorisé à franchir la barrière, mais il s’en contentait.
La chaleur devait perturber le fonctionnement de sa machine. Il dut faire plusieurs essais. Elle finit par réussir un démarrage complet et il lança l’accès au réseau.
C’était une toile flexible, déformable à volonté. Ses nœuds étaient fixés sur des lieux terrestres, mais nous pouvions déplacer ceux-ci sans rien modifier au fonctionnement du système. En mettant en marche le téléphone cellulaire, il venait d’installer un nœud – celui qu'il s'était attribué – dans un espace que plus aucune carte géographique ne recensait.
Il vit s’afficher la page d’accueil colorée de son fournisseur d’accès. Celui-ci le saluait par son nom, lui souhaitait la bienvenue et lui proposait, au choix, de dialoguer avec des amis du monde entier, de jouer au flipper, de consulter les cotations boursières ou de commander un repas chez un traiteur asiatique. Le haut de l’écran était occupé par une publicité pour les couvertures chauffantes Vectra, « pour les seniors qui aiment être dorlotés ». Un sourire coquin s’étirait à côté du message. Il quitta la page et se dirigea vers le sous-réseau protégé qu'il recherchait.
C’était la fin d’après-midi. Depuis environ une heure, Herbert (c'était ainsi que l'étranger se faisait appeler, dans son pays) était rentré dans sa camionnette. Il devait y cuire comme un homard dans une marmite. Sanchez en avait profité pour rentrer se relaxer un peu. A cette heure, la lumière changeait, l’astre du jour baissait et éclairait le désert latéralement. Le sable, la cabane, les objets acquéraient un relief que le marteau-pilon du soleil de midi ne tolérait pas. L’intensité, aussi, était moins forte. L’œil pouvait se reposer.
Pour offrir à ses oreilles un peu de volupté, le brave homme alluma son poste, sans toucher au réglage de fréquence. Un quatuor à cordes entra dans la cabane avec douceur. Le garde-frontière ferma les yeux quelques instants.
Le son du concerto baissa, pour laisser place à un bref bulletin d’information. Sanchez releva la tête en maugréant, surpris. Il tritura le bouton, mais il était bien sur sa station habituelle. C’était étrange, il avait dû se passer quelque chose de grave. Il se redressa et rapprocha sa chaise de la table en bois où était posée la radio. Le journaliste, un homme à la voix chuintante et au débit sec de la capitale, n’évoqua pourtant rien d’incroyable. Le résultat des élections municipales dans un district voisin du sien. Les prouesses réalisées par une équipe de sauveteurs en mer, lors du naufrage d’un cargo. Du football. Sanchez se détendit, sentant venir la fin de cette interruption intempestive. Il referma les yeux paisiblement, accompagné dans sa rapide torpeur par la voix du présentateur : « … et nous apprenons à l’instant, senoras y senores, qu’un battement d’ailes de papillon a eu lieu dans les jardins d’un château situé dans l'Ouest de la France. Le papillon a disparu sans que l’on ait pu en savoir davantage à son sujet… »
Pendant que Sanchez s'abandonnait à la paresse, son invité surprise, depuis les fins fonds du désert, communiquait avec le monde. Herbert avait posté trois courts messages sur des forums de discussion. D'abord sur le newsgroup francophone « Cuisine périgourdine », sous le pseudo « Francis B.» : « Patou, j'ai tenté ta recette de confit aux prunes. Un désastre ! :-))) Il y a même eu un incendie dans ma cuisine ! Décidément je ne suis pas doué pour les saveurs du Sud-Ouest. Je pense que c'est la faute aux girolles. Il paraît que les éleveurs d'oies de Montaillac la Forestière donnent des cours de cuisine pas chers. Ca tombe bien, j'aurais eu du mal à débrouiller tout seul ! LOL + MDR. Merci pour tout. »
Puis sur un forum au thème voisin, « Cuisine normande », sous le pseudonyme « Dionysos » : « A tous les cyber-gourmands ! Le pique-nique commémoratif organisé sur Utah Beach le 6 juin dernier a été un vrai succès ! Nous avons parlé du bon temps, dégusté d'excellentes tartes et projeté de nous revoir. Si nos bons plans vous intéressent, contactez-moi par courriel. A bientôt ! »
Enfin, sur le forum singapourien anglophone « Asian Electro Addicts », il avait écrit sous le même surnom : « Salut à tous. La dernière livraison de Chumpak Silaponkorn, « Blue Lotus », est une pure merveille. Notre petit DJ thaïlandais survolté a frappé un grand coup en remplaçant le classique rythme de basses par un suite non circulaire de chants de baleines, retravaillée en infrasons. Finies les cadences répétitives de la fin du XXe siècle ! Vive le rythme fractal ! Long life to spiritual music... »
Cette suite apparemment décousue avait un sens. Dans le plus grand secret, Herbert venait de faire son travail. En refermant l'écran de sa machine, il se sentait nerveux. Il savait que, quelque part sur la planète, les mots qu'il venait d'écrire auraient des conséquences. Les deux premiers messages étaient cryptés. Sur des forums innocents et destinés au grand public, ses mystérieux amis pourraient s'informer avec précision de sa situation. Le premier était véridique et destiné aux bonnes personnes. Le second était un leurre. Le troisième était réellement innocent : Herbert adorait le DJ dont il parlait.
Une barrière. Sur une route mauvaise, dans une vaste étendue baignée par le soleil. Cà et là, des cactus. Une barrière en bois, peinte en blanc avec des rayures rouges. Le prototype de la barrière, un symbole international. A côté, une cabane en bois. Devant la porte de la cabane, un homme patibulaire, mal rasé. Le garde-frontière. Probablement latino-américain, mexicain peut-être. Pas fondamentalement méchant, mais mal payé, donc effectuant son travail extraordinairement ennuyeux avec une perpétuelle aigreur.
En période de travail normale, le dénommé Sanchez voyait passer en moyenne un homme par semaine. Il pouvait alors installer dans l’entrée de sa cabane un fauteuil confortable. S'y installer avec précaution, pour ne laisser dépasser à l’extérieur que ses pieds nus. Et passer les heures les plus chaudes de la journée à écouter la radio. Les programmes de musique classique de Radio Libertad 3, qui émettait de huit heures à dix-huit heures, soit précisément les heures les plus chaudes. Il positionnait son siège de façon à garder les pieds à l’ombre du petit auvent, tout en recevant la voluptueuse caresse du vent chaud. Lorsque le soleil tournait, il devait se lever pour reculer son fauteuil. Il en profitait, car c’était alors l’heure du déjeuner, pour réchauffer un bol de potage épicé. Il l'accompagnait de pain blanc et d’une bière glacée.
Pour que le temps passe plus vite, il relisait souvent de vieilles BD des années 70. Son prédécesseur les avait laissées là. Il était mort de vieillesse à son poste. La guerre entre les deux petits pays remontait alors déjà à une dizaine d'années. Lors de l'armistice, les gouvernements avaient oublié, en redessinant les cartes, quelques kilomètres carrés de désert. La zone où Sanchez officiait actuellement. Cette petite poussière de territoire était donc entrée dans un oubli complet. Notre garde-frontière était le seul à l’ignorer, à l'exception du fonctionnaire ennuyé qui lui avait indiqué son affectation. Il l’ignorait toujours car il n’écoutait pas les informations.
Depuis quelques temps, l'existence organisée de Sanchez était bouleversée. Le dernier individu à avoir voulu passer n’était pas en possession d'un visa. Le gardien de l’intégrité territoriale, d’habitude peu regardant, avait été intrigué par cet individu, arrivé au volant d’une camionnette dont les baffles, poussées à fond, faisaient tressauter la faune et la flore du désert sur des rythmes de goa et de house frénétique. Le nouveau venu, le visage impassible, n’avait pourtant pas l’allure d’un touriste en quête de substances.
Mais ses papiers n’étaient pas en règle. Donc il ne passerait pas. Devant la dureté de la règle, l’étrange voyageur s’était fait une raison. Après une période de flottement, il avait ouvert l'arrière de son véhicule. Il en avait sorti une petite table, un tabouret pliant et un parasol. Puis il avait installé un ordinateur portable sur ce bureau de fortune. Depuis, il n’en bougeait presque plus. Ses mains couraient sur le clavier à longueur de journée. Sanchez était quelque peu soucieux de son apparence, de l'image qu'il donnait de son pays, face à cet étranger. Il avait même pensé se mettre en faction, debout, le visage martial. Mais le pire était ailleurs : il n'avait pas de consignes. Aucun ordre écrit indiquant comment traiter ce genre de cas.
Cela faisait désormais deux jours entiers que cela durait et le garde-frontière n’en pouvait plus.
* * *
De grosses gouttes de sueur coulaient sur un front rougi. Elles s’abattaient sur la table et le clavier de l’ordinateur. En dehors du cercle d’ombre formé par le parasol, le sol était d’une blancheur aveuglante. L'homme gardait les yeux fixés sur l’écran. Les icônes étaient en train de s’afficher, un à un. Le feulement intermittent de la machine était le seul son, hormis le vent.
Mais le vent n’était pas un son remarquable, ici. Le désert était le vent. Il s’apparentait au tic tac d’une pendule, que le voyageur finissait par ne plus entendre. Sauf lorsqu'il s'y égarait, seul et sans ressource. Le désert déployait alors l'immense toile de ses pièges.
Mais tous ces dangers, l'homme à l'ordinateur était loin de s'en soucier.
De longs instants s’écoulèrent.
Le poste de garde de Sanchez constituait un point de repère stable. Une enclave de civilisation et de bureaucratie soupçonneuse, dans un milieu inhumain. Le visiteur n’était pas autorisé à franchir la barrière, mais il s’en contentait.
La chaleur devait perturber le fonctionnement de sa machine. Il dut faire plusieurs essais. Elle finit par réussir un démarrage complet et il lança l’accès au réseau.
C’était une toile flexible, déformable à volonté. Ses nœuds étaient fixés sur des lieux terrestres, mais nous pouvions déplacer ceux-ci sans rien modifier au fonctionnement du système. En mettant en marche le téléphone cellulaire, il venait d’installer un nœud – celui qu'il s'était attribué – dans un espace que plus aucune carte géographique ne recensait.
Il vit s’afficher la page d’accueil colorée de son fournisseur d’accès. Celui-ci le saluait par son nom, lui souhaitait la bienvenue et lui proposait, au choix, de dialoguer avec des amis du monde entier, de jouer au flipper, de consulter les cotations boursières ou de commander un repas chez un traiteur asiatique. Le haut de l’écran était occupé par une publicité pour les couvertures chauffantes Vectra, « pour les seniors qui aiment être dorlotés ». Un sourire coquin s’étirait à côté du message. Il quitta la page et se dirigea vers le sous-réseau protégé qu'il recherchait.
* * *
C’était la fin d’après-midi. Depuis environ une heure, Herbert (c'était ainsi que l'étranger se faisait appeler, dans son pays) était rentré dans sa camionnette. Il devait y cuire comme un homard dans une marmite. Sanchez en avait profité pour rentrer se relaxer un peu. A cette heure, la lumière changeait, l’astre du jour baissait et éclairait le désert latéralement. Le sable, la cabane, les objets acquéraient un relief que le marteau-pilon du soleil de midi ne tolérait pas. L’intensité, aussi, était moins forte. L’œil pouvait se reposer.
Pour offrir à ses oreilles un peu de volupté, le brave homme alluma son poste, sans toucher au réglage de fréquence. Un quatuor à cordes entra dans la cabane avec douceur. Le garde-frontière ferma les yeux quelques instants.
Le son du concerto baissa, pour laisser place à un bref bulletin d’information. Sanchez releva la tête en maugréant, surpris. Il tritura le bouton, mais il était bien sur sa station habituelle. C’était étrange, il avait dû se passer quelque chose de grave. Il se redressa et rapprocha sa chaise de la table en bois où était posée la radio. Le journaliste, un homme à la voix chuintante et au débit sec de la capitale, n’évoqua pourtant rien d’incroyable. Le résultat des élections municipales dans un district voisin du sien. Les prouesses réalisées par une équipe de sauveteurs en mer, lors du naufrage d’un cargo. Du football. Sanchez se détendit, sentant venir la fin de cette interruption intempestive. Il referma les yeux paisiblement, accompagné dans sa rapide torpeur par la voix du présentateur : « … et nous apprenons à l’instant, senoras y senores, qu’un battement d’ailes de papillon a eu lieu dans les jardins d’un château situé dans l'Ouest de la France. Le papillon a disparu sans que l’on ait pu en savoir davantage à son sujet… »
* * *
Pendant que Sanchez s'abandonnait à la paresse, son invité surprise, depuis les fins fonds du désert, communiquait avec le monde. Herbert avait posté trois courts messages sur des forums de discussion. D'abord sur le newsgroup francophone « Cuisine périgourdine », sous le pseudo « Francis B.» : « Patou, j'ai tenté ta recette de confit aux prunes. Un désastre ! :-))) Il y a même eu un incendie dans ma cuisine ! Décidément je ne suis pas doué pour les saveurs du Sud-Ouest. Je pense que c'est la faute aux girolles. Il paraît que les éleveurs d'oies de Montaillac la Forestière donnent des cours de cuisine pas chers. Ca tombe bien, j'aurais eu du mal à débrouiller tout seul ! LOL + MDR. Merci pour tout. »
Puis sur un forum au thème voisin, « Cuisine normande », sous le pseudonyme « Dionysos » : « A tous les cyber-gourmands ! Le pique-nique commémoratif organisé sur Utah Beach le 6 juin dernier a été un vrai succès ! Nous avons parlé du bon temps, dégusté d'excellentes tartes et projeté de nous revoir. Si nos bons plans vous intéressent, contactez-moi par courriel. A bientôt ! »
Enfin, sur le forum singapourien anglophone « Asian Electro Addicts », il avait écrit sous le même surnom : « Salut à tous. La dernière livraison de Chumpak Silaponkorn, « Blue Lotus », est une pure merveille. Notre petit DJ thaïlandais survolté a frappé un grand coup en remplaçant le classique rythme de basses par un suite non circulaire de chants de baleines, retravaillée en infrasons. Finies les cadences répétitives de la fin du XXe siècle ! Vive le rythme fractal ! Long life to spiritual music... »
Cette suite apparemment décousue avait un sens. Dans le plus grand secret, Herbert venait de faire son travail. En refermant l'écran de sa machine, il se sentait nerveux. Il savait que, quelque part sur la planète, les mots qu'il venait d'écrire auraient des conséquences. Les deux premiers messages étaient cryptés. Sur des forums innocents et destinés au grand public, ses mystérieux amis pourraient s'informer avec précision de sa situation. Le premier était véridique et destiné aux bonnes personnes. Le second était un leurre. Le troisième était réellement innocent : Herbert adorait le DJ dont il parlait.
Pays/territoire :
Sonora, Sonora, Mexique
jeudi 23 octobre 2014
Le tumulus - Au-delà des nuages, extraits #8
Résumé des épisodes précédents : désormais bien installée et acceptée dans le village de San Lucas, l'équipe de chercheurs du professeur Chéron fouille depuis plusieurs jours le site d'un ancien tumulus des Indiens merimas. Les légendes inquiétantes dont le chaman Juan leur fait le récit passionnent l'anthropologue mais inquiètent Gabriel, son interprète.
Il y eut un moment de flottement. Sur un geste du chef, Sebastián ordonna aux ouvriers de s'arrêter. Ils se concertèrent à mi-voix puis le jeune merima lança à la cantonade :
- Stop ! C'est fini pour ce matin !
Christian Chéron attendait, figé mais attentif, tendu comme un chien de chasse. Sebastián redescendit pour lui parler. Gabriel devait donc les rejoindre. Il se leva avec peine, s'ébroua et descendit, manquant de trébucher dans la terre fraîchement retournée.
- Profesor, ya está. Nous avons trouvé l'entrée !
[…] Les hommes étaient rassemblés au bord du tumulus. Enfoui par des siècles de mouvements de terrain et de sédimentation, recouvert d'un maigre gazon, celui-ci ne dépassait guère la hauteur de leurs genoux. Mais on le devinait par le renflement qu'il formait et par sa surface presque parfaitement circulaire.
Un vent léger apportait un riche mélange de senteurs végétales. Mais au loin, la silhouette énorme et menaçante du tepuy s'imposait à la vue, écrasant toute une partie de l'horizon. [...]
Javier portait un appareil photo reflex dernier cri. Christian Chéron tenait l'enregistreur numérique à la main. Il le mit en marche.
"Fouilles du tumulus merima de San Lucas. Le 7 juin 2010 à midi."
"La partie émergée de la construction constitue une éminence circulaire arrondie. Il s'agit du toit du tumulus, qui est probablement constitué d'une... […]
Les indications qui nous ont été fournies localement nous ont permis d'atteindre directement une ancienne entrée du tumulus, elle-même obturée par des briques de forme et de dimensions différentes. Cette ouverture est un rectangle de soixante-dix centimètres sur quarante centimètres. Sa fonction ne nous apparaît pas de façon évidente. [...]
Pourquoi cette ouverture a-t-elle été initialement aménagée ? Et surtout, pourquoi a-t-on décidé par la suite de l'obturer ?"
L'air s'était radouci. Le vent avait recommencé à souffler et enflait par moments jusqu'à devenir presque froid. Ce rafraîchissement soudain faisait du bien à Gabriel. Les nuages s'étaient faits plus nombreux, en particulier autour du Kukenan dont ils encerclaient le sommet, lui donnant la forme d'un immense champignon gris sombre.
Christian Chéron interrogea Juan du regard. Celui-ci donna quelques instructions aux gardiens, qui allèrent chercher les quatre statues protectrices. Puis ils les plantèrent à nouveau dans la terre, cette fois au plus près des parois du tumulus. Chaque animal était tourné vers un des points cardinaux.
Le chaman fit au vieux chercheur un signe d'approbation.
Les gardiens prirent leurs marteaux et leurs burins et, avec délicatesse, brisèrent l'ouverture...
Il y eut un moment de flottement. Sur un geste du chef, Sebastián ordonna aux ouvriers de s'arrêter. Ils se concertèrent à mi-voix puis le jeune merima lança à la cantonade :
- Stop ! C'est fini pour ce matin !
Christian Chéron attendait, figé mais attentif, tendu comme un chien de chasse. Sebastián redescendit pour lui parler. Gabriel devait donc les rejoindre. Il se leva avec peine, s'ébroua et descendit, manquant de trébucher dans la terre fraîchement retournée.
- Profesor, ya está. Nous avons trouvé l'entrée !
[…] Les hommes étaient rassemblés au bord du tumulus. Enfoui par des siècles de mouvements de terrain et de sédimentation, recouvert d'un maigre gazon, celui-ci ne dépassait guère la hauteur de leurs genoux. Mais on le devinait par le renflement qu'il formait et par sa surface presque parfaitement circulaire.
Un vent léger apportait un riche mélange de senteurs végétales. Mais au loin, la silhouette énorme et menaçante du tepuy s'imposait à la vue, écrasant toute une partie de l'horizon. [...]
Javier portait un appareil photo reflex dernier cri. Christian Chéron tenait l'enregistreur numérique à la main. Il le mit en marche.
"Fouilles du tumulus merima de San Lucas. Le 7 juin 2010 à midi."
"La partie émergée de la construction constitue une éminence circulaire arrondie. Il s'agit du toit du tumulus, qui est probablement constitué d'une... […]
Les indications qui nous ont été fournies localement nous ont permis d'atteindre directement une ancienne entrée du tumulus, elle-même obturée par des briques de forme et de dimensions différentes. Cette ouverture est un rectangle de soixante-dix centimètres sur quarante centimètres. Sa fonction ne nous apparaît pas de façon évidente. [...]
Pourquoi cette ouverture a-t-elle été initialement aménagée ? Et surtout, pourquoi a-t-on décidé par la suite de l'obturer ?"
L'air s'était radouci. Le vent avait recommencé à souffler et enflait par moments jusqu'à devenir presque froid. Ce rafraîchissement soudain faisait du bien à Gabriel. Les nuages s'étaient faits plus nombreux, en particulier autour du Kukenan dont ils encerclaient le sommet, lui donnant la forme d'un immense champignon gris sombre.
Christian Chéron interrogea Juan du regard. Celui-ci donna quelques instructions aux gardiens, qui allèrent chercher les quatre statues protectrices. Puis ils les plantèrent à nouveau dans la terre, cette fois au plus près des parois du tumulus. Chaque animal était tourné vers un des points cardinaux.
Le chaman fit au vieux chercheur un signe d'approbation.
Les gardiens prirent leurs marteaux et leurs burins et, avec délicatesse, brisèrent l'ouverture...
samedi 20 septembre 2014
Le Monde - Des chasseurs bochimans de Namibie sur les traces d'hommes préhistoriques français
Ici, un article du Monde relate une approche très originale adoptée par des archéologues français dans l'étude de traces de pas d'hommes préhistoriques : faire appel à des chasseurs de la tribu des Bochimans de Namibie, forcément experts en pistage d'animaux, pour analyser des traces vieilles de plusieurs millénaires, au coeur des Pyrénées.
Résultat : les observations des Bochimans ont démonté les interprétations habituelles des chercheurs hexagonaux.
Résultat : les observations des Bochimans ont démonté les interprétations habituelles des chercheurs hexagonaux.
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